Créations sonores

“Vagabunt” : Exploration en couleur (A colorful exploration)

Mon Voyage en Pass Interrail était ma première expérience en sac à dos. Armée d’un appareil photo jetable et d’un microphone, j’ai collecté quelques souvenirs.

My 2019 interrail summer trip was my first long traveling experience. Obtaining my masters degree made me want to take a step back and leave Strasbourg for three weeks on my own. I took a single use camera and a microphone in my backpack, and collected a few memories.

“Vagabond” (EN, FR) : a person who wanders from place to place.

“Bunt” (DE) : colourful, colored

L’écriture sera notre outil.

Deux créations sonores réalisées en décembre 2018 (avec l’aide de Lilas Peralta à la captation).

Dans le cadre du cours “création collective” encadré par Delphine Crubézy de l’Université de Strasbourg, un groupe de six étudiants a été invité à travailler sur le texte de Joseph Mbondo, intitulé “C’est ça, une histoire vraie d’un garçon du Cameroun”. Adolescent camerounais de dix-sept ans témoignant dans son récit de sa décision en 2014 de quitter son pays pour rejoindre la France, Joseph atteignit finalement Strasbourg deux ans après son départ. Le compositeur Gualtiero Dazzi, à l’initiative d’un projet parallèle traitant également de la question migratoire (l’operatorio “Boulevard de la Dordogne”), nous a accompagnés sur le travail de création sonore. C’est dans une volonté d’aborder le sujet de l’accueil des réfugiés que nous avons pris la parole sur le plateau, pour tenter de donner, à notre échelle, une visibilité à des problématiques très actuelles.

« Joseph fait partie des nombreux « mineurs non accompagnés » que les services de protection de l’enfance placent dans les foyers comme celui où je travaille en tant que psychologue. Joseph est venu vers moi à la recherche d’une oreille qui voulait bien entendre. Il raconte. Au fil des mots, des larmes et des rires, il formule son besoin d’extérioriser, pour mieux apprivoiser son histoire, et s’en libérer. L’écriture sera notre outil. Le soir, dans mon petit bureau, il recommence. Par morceaux, parfois des bribes sur lesquelles je reviens quelques semaines plus tard. Il parle, j’écris, toujours ses mots. Parfois il continue de son côté et revient avec des pages manuscrites sans ponctuation. À deux nous lions, amenons du sens quand c’est possible, dans ce chaos dont il veut aujourd’hui témoigner “parce que le monde doit savoir”. »

Camille Chan, psychologue

Témoignages sensibles et faits plus terre-à-terre se répondent dans les deux compositions sonores que nous avons voulues courtes et percutantes. La première a été pensée pour introduire la pièce : le plateau plongé dans le noir, les extraits choisis posent une définition de l’exil. La nécessité de partir, des claquements de portes, le départ d’un train, des appels inhumains et des souffles sont autant d’éléments qui posent un contexte. La deuxième pièce retrace le parcours de nombreux migrants dans leur langue d’origine, et finalement des voix extraites de podcasts engagés mettent en évidence l’urgence de la question migratoire en Europe. Ce second extrait retentirait avant le noir final, laissant aux spectateurs le loisir de nous observer, nous cinq rassemblés au centre du plateau.

Dans ces collages sonores, on retrouve le “bip” de compostages de tickets, le fracas de l’arrivée des trains, les bruits de conversations, des cloches-obus du pont Vauban, le Conseil Général (lieu emblématique de l’enfer administratif traversé par Joseph). Nous avons demandé à des passants de prêter leurs voix à notre projet de création sonore. La déclaration universelle des droits de l’Homme et une nouvelle imprimée à la gare et intitulée « Exil » ont ainsi été lues au micro par nos contributeurs anonymes. « I Were A Sneaker » du groupe allemand « Die Goldenen Zitronen » et « Nobody Ever Called » de « Wolf Mountains » sont les deux morceaux de musique qui ont servi de point de départ à nos compositions. Les voix dans toutes les langues sont extraites de divers reportages sur la question migratoire, qui parfois investissent directement les camps de migrants. Nous avons notamment choisi de mettre en avant des témoignages d’enfants migrants et des mémoires partagées sur la migration Alsace Dordogne. Le journal Le Monde (« Comprendre l’immigration clandestine en une carte ») et l’impertinente websérie Data Gueule (« Migrants, mi-hommes ») nous ont par ailleurs fourni des pistes de compréhension du contexte politique européen.